May 28, 2026 · 52 min · 13 segments
Nous avons eu le plaisir d’échanger avec le professeur Gérald Bronner autour de son dernier livre « À l’assaut du réel » et de ses conférences à la Sorbonne sur l’esprit critique face à la…
Gérald BronnerGuestÉric SinglaireHostComment votre regard a-t-il évolué au fil des années sur la place de la rationalité dans nos sociétés ?

Ben, cette question, elle est, elle est difficile parce que la notion de rationalité, elle est ambiguë.

Comme je vous l'ai dit, j'appartiens à une tradition intellectuelle parmi laquelle on peut compter Boudon, mais qui en fait s'origine dans la pensée de Max Weber, un grand sociologue allemand qui avait mis précisément, euh, les, la subjectivité des individus et leur rationalité au cœur de ses analyses.

Donc, généralement, et je le dis souvent sous une forme de, un peu, c'est presque un slogan comme ça, sociologique, je dis : les gens ont des raisons d'agir, ça ne veut pas dire qu'ils ont raison.

En fait, mon travail de sociologue, c'est d'essayer de reconstruire leur univers mental et leurs raisons, mais ne pas confondre ces raisons avec une norme objective de rationalité.

Même lorsqu'on croit que la Terre est plate, on le fait avec des raisons généralement.

Et donc encore une fois, le travail de la sociologie, c'est de, de, de, de cartographier ces raisons dans un univers social.

Mais en même temps, si on parle de la défense de la rationalité objective, eh bien, euh, je constate d'une part, euh, deux choses.

Premièrement, la rationalité adossée au progrès, c'est-à-dire comme lecture de notre histoire commune, euh, a perdu beaucoup de son prestige.

Euh, le progrès, par exemple, c'est quelque chose qu'on peut, qu'on peut mesurer et que j'ai fait dans certains papiers, est de moins en moins cité comme terme.

Quand on utilise des algorithmes pour trouver les occurrences du terme progrès, euh, dans la littérature ou dans les essais en langue française, anglaise, italienne, espagnole, allemande, je l'ai fait dans toutes ces langues, eh bien, on s'aperçoit que ces occurrences, elles chutent à partir des années 1960 en fait.

On voit que s'effondre une certaine représentation de l'histoire avec un grand H. Parce que le progrès, c'est quoi ? En fait, c'est une forme de loi de l'histoire qui dit que demain sera préférable à aujourd'hui, qui était préférable à hier.

Bon, ça a l'avantage de regarder l'avenir avec gourmandise, alors qu'aujourd'hui, vous aurez remarqué qu'on regarde plutôt l'avenir, la peur au ventre.

Alors, la, la, la fin de l'histoire d'ailleurs, de, de, de Fukuyama, à la, à la, à la chute du mur de Berlin, était plutôt un progressisme, hein.

C'est-à-dire, c'était l'idée que dans le fond, en effet, on atteindrait un peu le, le troisième état de la loi des trois États d'Auguste Comte, c'est-à-dire une, des sociétés de démocratie libérale fondées sur la rationalité, l'industrie, la maîtrise du monde naturel.

Ce qui domine aujourd'hui en termes d'imaginaire, c'est la crainte des conséquences de notre action possible.

C'est-à-dire qu'on est passé sur le long temps de l'histoire, me semble-t-il, si on brosse, si on, si on s'autorise à, à esquisser vraiment des choses, un imaginaire de la soumission d'abord.

C'est-à-dire qu'on essayait d'obtenir de la nature et des dieux, euh, quelques services en les suppliant, en se soumettant à eux, en leur, en leur sacrifiant une partie de notre libre arbitre.

Je vais manger ceci, pas cela, tel jour, je vais, je vais sacrifier une partie de ma sexualité, etc.

Pourquoi ? Ben parce qu'en fait, le biais d'intentionnalité fait qu'on voit des intentions partout.

Et donc, l'avantage d'un, d'une pierre, si elle a une psychologie, c'est que je peux négocier avec elle quand je ne sais pas encore maîtriser techniquement, euh, la, la, le fonctionnement de la nature.
Comment votre regard a-t-il évolué au fil des années sur la place de la rationalité dans nos sociétés ?

Ben, cette question, elle est, elle est difficile parce que la notion de rationalité, elle est ambiguë.

Comme je vous l'ai dit, j'appartiens à une tradition intellectuelle parmi laquelle on peut compter Boudon, mais qui en fait s'origine dans la pensée de Max Weber, un grand sociologue allemand qui avait mis précisément, euh, les, la subjectivité des individus et leur rationalité au cœur de ses analyses.

Donc, généralement, et je le dis souvent sous une forme de, un peu, c'est presque un slogan comme ça, sociologique, je dis : les gens ont des raisons d'agir, ça ne veut pas dire qu'ils ont raison.

En fait, mon travail de sociologue, c'est d'essayer de reconstruire leur univers mental et leurs raisons, mais ne pas confondre ces raisons avec une norme objective de rationalité.

Même lorsqu'on croit que la Terre est plate, on le fait avec des raisons généralement.

Et donc encore une fois, le travail de la sociologie, c'est de, de, de, de cartographier ces raisons dans un univers social.

Mais en même temps, si on parle de la défense de la rationalité objective, eh bien, euh, je constate d'une part, euh, deux choses.

Premièrement, la rationalité adossée au progrès, c'est-à-dire comme lecture de notre histoire commune, euh, a perdu beaucoup de son prestige.

Euh, le progrès, par exemple, c'est quelque chose qu'on peut, qu'on peut mesurer et que j'ai fait dans certains papiers, est de moins en moins cité comme terme.

Quand on utilise des algorithmes pour trouver les occurrences du terme progrès, euh, dans la littérature ou dans les essais en langue française, anglaise, italienne, espagnole, allemande, je l'ai fait dans toutes ces langues, eh bien, on s'aperçoit que ces occurrences, elles chutent à partir des années 1960 en fait.

On voit que s'effondre une certaine représentation de l'histoire avec un grand H. Parce que le progrès, c'est quoi ? En fait, c'est une forme de loi de l'histoire qui dit que demain sera préférable à aujourd'hui, qui était préférable à hier.

Bon, ça a l'avantage de regarder l'avenir avec gourmandise, alors qu'aujourd'hui, vous aurez remarqué qu'on regarde plutôt l'avenir, la peur au ventre.

Alors, la, la, la fin de l'histoire d'ailleurs, de, de, de Fukuyama, à la, à la, à la chute du mur de Berlin, était plutôt un progressisme, hein.

C'est-à-dire, c'était l'idée que dans le fond, en effet, on atteindrait un peu le, le troisième état de la loi des trois États d'Auguste Comte, c'est-à-dire une, des sociétés de démocratie libérale fondées sur la rationalité, l'industrie, la maîtrise du monde naturel.

Ce qui domine aujourd'hui en termes d'imaginaire, c'est la crainte des conséquences de notre action possible.

C'est-à-dire qu'on est passé sur le long temps de l'histoire, me semble-t-il, si on brosse, si on, si on s'autorise à, à esquisser vraiment des choses, un imaginaire de la soumission d'abord.

C'est-à-dire qu'on essayait d'obtenir de la nature et des dieux, euh, quelques services en les suppliant, en se soumettant à eux, en leur, en leur sacrifiant une partie de notre libre arbitre.

Je vais manger ceci, pas cela, tel jour, je vais, je vais sacrifier une partie de ma sexualité, etc.

Pourquoi ? Ben parce qu'en fait, le biais d'intentionnalité fait qu'on voit des intentions partout.

Et donc, l'avantage d'un, d'une pierre, si elle a une psychologie, c'est que je peux négocier avec elle quand je ne sais pas encore maîtriser techniquement, euh, la, la, le fonctionnement de la nature.
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